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allaitement
L'allaitement, pas toujours facile

Bonjour,
je suis très contente qu'il y ait une tribune sur l'allaitement sur le site meresetcie.com, et que nous ayons la chance de vous écrire!

J'ai accouché en juillet dernier d'une belle poulette en santé, mais elle était très petite. Elle avait de la difficulté à têter au sein, son réflexe de succion n'étant pas au point. Elle a donc perdu plus de 10% de son poids et était clairement affamée. Elle pleurait jour et nuit.

J'ai dû commencer une routine d'allaitement aux trois heures afin de stimuler ma production de lait et la faire engraisser. Je l'avais au sein pendant 1h et demie, ensuite je devais tirer le reste de mon lait (3o minutes), puis je devais lui donner au gobelet ce que j'avais tiré et finalement, compléter avec la formule... Une fois tout ça terminé, je devais reprendre le tout 30 minutes plus tard... juste le temps de laver et stériliser le tire-lait!

La fatigue était à son comble, je me sentais complètement incompétente et le baby blues embarquait par dessus tout ça. Je pleurais constamment et je perdais l'appétit. Ma fille pleurait jour et nuit. J'en étais venu à douter de mon amour pour elle.

On ne trouvait plus de solutions. Les infirmières me disaient de persévérer, que ça allait se placer, que ma technique était bonne. Mais ma puce ne prenait pas assez de poids, et moi je ne dormais et ne mangeais toujours pas... Je ne pouvais pas lui donner de biberon, car je ne savais pas comment stériliser une bouteille, combien de temps faire bouillir l'eau, ni quelle formule acheter... et je n'avais même pas de biberon à la maison!

J'ai alors expliqué mon désarroi à l'infirmière du CLSC qui faisait le suivi à domicile... Comme réponse, elle m'a dit: «L'idéal, vu sa prise de poids, serait que tu l'allaites à toutes les deux heures et éviter de la laisser têter pour rien, car il faut absolument que tes gerçures guérissent pour ne pas avoir de muguet".

Je n'en reviens juste pas que PERSONNE ne se soit soucié davantage de moi là-dedans. Il n'y avait que mes seins et mon bébé dans l'équation. Mon état de santé physique et psychologique n'intéressait personne. Pourtant, je croyais que cela était essentiel pour que l'allaitement fonctionne. En plus, à un moment, j'étais devenu tellement épuisée et désespérée que j'étais à risque de secouer mon bébé... Pourquoi personne n'a rien fait?

Finalement, un matin mon chum m'a demandé, un peu timidement, si j'aimais notre fille... Ça été la goutte qui a fait déborder le vase. Je me suis mise à pleurer sans pouvoir m'arrêter car au fond de moi, j'avais très envie de répondre "Non". À ce moment, mon chum m'a sauvé en allant à la pharmacie acheter de la formule et un biberon que nous lui avons donnés. Puis, tout s'est replacé comme par magie. Ma fille a bu à sa faim et ensuite elle a dormi pendant 4 heures et moi aussi...

Merci d'avoir mis en place une telle tribune! J'espère que la prochaine fois que j'écrirai ce sera pour relater une expérience positive, car je tenterai l'allaitement une seconde fois pour mon prochain bébé!


Audrey

_______________________________________

Bonjour Audrey,

Quelle histoire ! Merci de m'avoir écrit. Vous m'apportez plusieurs sujets intéressants à aborder.

La course au gain de poids.

Est-ce que votre fille urinait de façon régulière ? Avait-t-elle expulsé son méconium ? Est-ce qu'elle montrait des signes de détresses pendant ses premières 24 heures pour justifier tout ce branle-bas de combat ? Si oui, alors il était normal de s'alarmer. Mais l'allaitement en continu n'est pas la bonne solution.

Les courbes de croissances pour les bébés allaités sont différentes de celles des bébés nourris au biberon. Les normes mondiales affirment qu'on devrait laisser au bébé allaité 21 jours afin qu'il reprenne son poids de naissance. Comment ça se fait que dans nos hôpitaux on ne respecte pas les normes mondiales ? Bon, ça c'est un point que je ne peux changer...

Un faux départ : la mise au sein continuelle.

Ça ne donne absolument rien de laisser un bébé naissant au sein pendant une heure et demie. Il n'a pas la force de se nourrir activement aussi longtemps. Et, que dire de l'état des mamelons de maman qui s'irritent. Un bébé qu'on laisse au sein pendant toute cette période va passer quelques minutes en tétée nutritive , la majorité du temps en tétée de réconfort et il dormira le ¾ du temps.

Le bébé prend alors plusieurs petites collations. Il digère mal, il a mal au ventre car il a du lait qui entre par petites quantités par-dessus le lait qu'il essaie de digérer. Le fonctionnement de son petit tube digestif, encore en formation, est mis à l'épreuve.... Ça fait donc un bébé qui ne dort pas. Les rots et les gaz le réveillent constamment. Dès qu'on le dépose dans son berceau, il se réveille.

Le passé c'est le passé

On ne peut pas le changer. Je pense que la meilleure solution aurait été d'allaiter votre bébé aux deux à trois heures, environ 15 minutes chaque sein. Offrir au gobelet du lait que vous auriez tiré au préalable pendant 10 minutes pas plus, pour vérifier si la tétée est vraiment complète. Si elle dort, elle a assez bu et pas besoin de compléter. Ensuite la laisser digérer comme il faut ce qu'elle vient de boire, avant de lui offrir le sein à nouveau. Elle aurait eu de meilleurs boires, aurait été plus intéressée parce qu'elle aurait eu faim, elle aurait mieux dormi parce qu'elle aurait eu le temps de digérer.

Et vous là-dedans, vous auriez eu plus de temps et beaucoup moins de stress pour apprécier et vivre pleinement la naissance de votre petite puce.

Probablement me répondrez-vous : Oui mais elle pleurait même quand elle n'était pas au sein...

Voici des trucs pour reconnaitre le langage du bébé :

Langage du bébé
Pour communiquer avec vous, le bébé pleure, se cambre, met les poings dans la bouche et les tète.

Que veulent dire tous ces signes et que faire?

• Bébé a faim ?
S'il n'a pas bu depuis plus de deux heures, on lui redonne le sein.

S'il vient de boire, que vous avez bien observé la tétée nutritive et réconfort, changé la couche, donné l'autre sein, tétée nutritive et réconfort, et qu'il pleure, se cambre et tète ses poing : il a d'AUTRES BESOINS.

• Bébé est fatigué : très souvent le bébé tète les poings afin de se faire réconforter avant de s'endormir. On le berce, on le prend, on le promène jusqu'à temps qu'il s'endorme. Ses rots et ses gaz vont sortir et il va mieux dormir.

• Bébé à un inconfort : mal de ventre, couche souillée, froid, chaud, peur d'un nouveau bruit ? Très possible ! On vérifie la couche, on lui frotte doucement le ventre ou le dos. On le masse. On lui met une petite compresse tiède (genre Béké-bobo) sur le ventre et on le berce. On le promène dans un porte-bébé tout collé sur soi, jusqu'à que ce qu'il se calme.

Mise en situation

Le colostrum est extrêmement nutritif et il n'en prend que quelques centilitres pour nourrir votre bébé. De toute façon, le bébé est fatigué de l'accouchement et vous aussi. Les premières tétées sont rapides et très nourrissantes.

Rappelez-vous que l'estomac du nouveau-né est gros comme une balle de golf. Quand la montée laiteuse a lieu, plusieurs jets entrent dans la bouche du bébé avec une bonne pression. En quelques minutes votre bébé se nourrit. Je vous mets au défi de boire constamment et avidement. Vous allez vite constater qu'après quelques secondes vous êtes saturée !

La tétée nutritive versus la tétée de réconfort.

La tétée nutritive : On entend le bébé déglutir, il a les yeux ouvert, le poing serré et il avale avidement. Cela dure environ cinq minutes. Surtout ne pas minuter, observer seulement votre enfant

Ensuite il tombe en tétée de réconfort. Il a les yeux fermés, le bras mou comme une poupée de chiffon, il tète mais ne déglutit pas. Qu'on le laisse ainsi 20 minutes ou une heure, il ne se nourrit plus.

Il y a des bébés qui prennent la tétée nutritive et qui s'enlève par eux même. Il y a d'autres bébés qui resteraient « branchés » à la journée longue. Ces derniers ont besoin d'êtres guidés. On fait un bris de succion après la tétée nutritive et la tétée de réconfort. Dix à quinze minutes chaque sein est suffisant pour bien nourrir votre bébé.

La dépression post-partum

La dépression après accouchement peut prendre plusieurs formes. Jusqu'à 20% des nouvelles mamans en sont atteintes. À différents niveaux. Dans la majorité des cas, les symptômes disparaissent après une dizaine de jours. Par contre, d'autres mamans peuvent éprouver une dépression profonde et continue. Celle-ci durera plus longtemps.

La dépression post-partum est difficile à diagnostiquer. L'un des symptômes est l'hésitation de la maman à demander de l'aide puisqu'elle a peur d'être considérée comme une mauvaise mère. La culpabilité et la honte font en sorte qu'elle va tenter de minimiser son état. Même pour l'entourage, immédiat, ce n'est pas évident à découvrir.

Je vous recommande fortement d'aller lire cet article sur la dépression post-partum. Voici le lien sur le site de l'Association canadienne pour la santé mentale :
http://www.cmha.ca/BINS/content_page.asp?cid=3-86-87-88&lang=2

Une ressource : votre CLSC
Si vous pensez avoir des symptômes dépressifs, appelez votre C.L.S.C. au numéro 811. Vous serez en ligne avec une infirmière qui vous guidera vers les bonnes ressources. Les infirmières du CLSC qui vous visitent après l'accouchement, peuvent parfois difficilement distinguer votre état dans la première semaine.
Professionnels de la santé :
Les médecins, psychologues et psychiatres ont des formations universitaires les rendant aptes à diagnostiquer toutes les formes de maladies mentales. N'hésitez pas, CONSULTEZ.
Marraine d'allaitement :
Une marraine d'allaitement, est une maman qui a vécu l'allaitement et qui est formée pour en aider d'autres bénévolement. Bien que leur formation soit complète au niveau de l'allaitement, les aspects de la santé mentale ne sont pas encore abordés.
Culpabilité face à l'arrêt de l'allaitement
La plupart des mamans qui arrêtent d'allaiter éprouvent une certaine culpabilité, à différents niveaux. La culpabilité qui devient trop importante fait partie des symptômes dépressifs. Il faut aller consulter un psychologue pour régler ça.
Chère Audrey, chaque allaitement est différent. Gardez votre optimisme! Je vous FÉLICITE pour vos démarches et j'espère vous avoir éclairé.

Sincèrement,


Votre Douce maman

   
 
   
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